samedi 4 mai 2019

La montée des vraies richesses


C'est le jour du départ où je quitte mon cher antre. Il me faut toujours ce jour là à détester, le jour d'adaptation. Mais le lendemain, je me sens toujours plus dans mes gonds, des nouveaux. Le lendemain je suis allégée et je me réjouis enfin d'être ailleurs. Et être ailleurs n'est plus une sentence. Et je ne veux plus rentrer.
Je suis arrivée à Manosque le deuxième jour. Le premier ayant épongé toute cette intranquillité.
Et j'ai trouvé la maison de Jean Giono. C'était pour lui que j'étais venue jusqu'ici.
Une porte verte, et un écriteau dessus indiquant que c'était sa demeure.
"Le Paraïs", impasse du Paraïs, Montée des vraies richesses, 04100 Manosque.
Un mur de pierres. Et derrière lui, un haut marronnier. Le sien. J'ai regardé par le trou de la serrure. Sa maison. 
J'ai contemplé lentement. Une dame est sortie de la porte d'à côté, et j'ai imaginé que c'était sa fille peut être, et que me voyant ainsi recueillie en pâmoison, elle m'aurait invitée à entrer, et à visiter le lieu de son père.
Et que sentant toute l'importance qu'il a dans mes ressources, elle m'aurait fait un cadeau, elle m'aurait offert un porte-plume lui ayant appartenu, à la pointe habituée à l'écriture de son ancien propriétaire. Que peut être elle baverait son encre au début de mon geste, mais que peut être pas, que peut être elle accueillerait le rythme et les mots de ma main comme une continuité. Que ce serait un signe alors, un accueil. 
Il n'y a pas eu cet évènement du porte-plume de Giono. Je me le suis inventé. Et ce n'était peut être même pas sa fille qui est passée par là. Mais en moi, cela s'est vraiment produit.
J'ai ramassé des reliques devant cette porte. Deux boules de terre grise compactée ; deux bogues de son marronnier, celui qui l'a vu vivre, celui qui l'a ombragé, celui qui a ses racines dans son terrain et qui a senti ses pas et ses luttes ; un caillou ocre qui a la forme d'une colline.
J'ai redescendu la Montée des vraies richesses. Et j'ai gravi une avenue, jusqu'au cimetière.
Là, sa tombe, juste en entrant à gauche.
Une tombe fânée. Peu de gens semblent venir se recueillir sur le repos de cet écrivain. Je lui ai parlé, je l'ai remercié. Quelques mots pas préparés, maladroits. J'ai touché le marbre comme une poignée de main.
Le remercier, car si j'écris c'est grâce à lui, pour lui. Pour sa Langue sur papier, juxtaposant le vocabulaire. Comment il a parlé des hommes.
J'ai repris la route. Je me suis arrêtée en campagne afin de trouver "un beau morceau de bois" pour ma mère, ce qu'elle m'avait demandé, comme la rose de "La Belle et la Bête".
J'ai mis dans ma poche une feuille de chêne, je ne résiste jamais aux feuilles de chêne, aux feuilles du roi de la forêt.
Dans la voiture du retour, je me disais ceci. Que tout a pris un autre sens par ce pèlerinage.
Et que même l'iris jaune cueilli le premier jour sans préméditation, sans même y penser, est devenu un "iris de Suse".

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