samedi 4 mai 2019

La page blanche


On s'est réveillé avec une année qui n'a pas encore d'histoire.
On a dans les doigts l'ancienne, celle qui vient de s'achever, on l'avait prise dans nos réflexes. On s'y croit toujours. On n'y est plus.
Ce que l'on vient de fêter, il y a quelques heures, c'est un accueil.
On en espère beaucoup, de cette page qui s'entame.
On espère que ces numéros seront gagnants.
Cela a beau être symbolique, le compte à rebours a été remis à zéro.
On en avait besoin.
Douze mois finissent par nous étioler. On attendait le renouveau.
On avait ce besoin de laisser du passé derrière nous.
C'est commencer qui est difficile.
À chaque 1er Janvier on marche sur des œufs. C'est trop neuf.
Et cette nouveauté impressionne. On a peur de la gâcher. On a peur de mal s'y prendre.
On est très superstitieux. On scrute les présages. On croit que tout ce qui va venir est quelque part par là lisible. On ne sait pas à quoi s'attendre.
On reste immobile à la regarder prendre sa place, en silence. On ne fait rien.
On n'ose rien faire.
S'y mettre coûte un effort.
C'est être le premier à s'élancer sur une neige qui n'a pas encore été foulée.
Cela demande de la précaution. De laisser une trace sur ce blanc.
Et puis l'on voit que d'autres se sont levés plus tôt. Qu'ils ont vaqué pas loin là bas.
Qu'ils ont déjà engagé des sons et des gestes.
Qu'un jour de l'an, ce n'est pas du temps qui s'arrête, mais du temps qui renaît.
Alors on fait un pas. Et c'est un bon début.
Le deuxième coulera de source. 


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