samedi 4 mai 2019

La vue est belle


Un désir à porter, naît presque toujours d’une image.
Que cela soit conscient ou inconscient, l’image elle est bien là.
Soit arrachée en douce des pages d’une salle d’attente et que l’on peut toucher pliée chiffonnée dans notre sac, soit bien en tête dans notre tête, soit dormeuse quelque part dans notre mémoire.
C’est une image au sens large. Une chose qui entre dans nos yeux et ne sait plus en sortir.
Et cette image qui se glisse en nous, on ne l’avait pas forcément invitée.
C’est une fille qui passe avec une allure folle.
C’est un paysan dans une plaine du Rajasthan, aperçu depuis la route, avec son turban jaune et sa chemise rose.
C’est Marilyn ou Ingrid Bergman.
C’est une feuille du magazine Elle.
C’est une photo de Sarah Moon.
Une image rencontrée, et qui tout de suite nous arrête, et tout de suite on en veut une part.
Parce qu’on y reconnaît quelque chose, de nous.
Ou parce qu’elle représente en tout ou en bribe, une cible que l’on voudrait atteindre. Et n’en avoir que le plus petit détail serait déjà un début.
À l’instant, je me souviens. Nous partions pour Ibiza, il y a quelques années, avec mes parents. Nous avions pris un taxi pour nous rendre à Orly. Et le chauffeur portait ces gants. Ces gants élégants, de conduite, de pilote, auxquels il avait ajouté cette énorme étiquette, et marqué dessus au feutre rouge le nom de son équipe favorite (ce que je crois). Et j’avais volé cette photo. Je sentais toute l’importance que cela recelait, pour lui, d’être accompagné dans son travail par cet accessoire fétiche. Je sentais sa fierté. Un rêve à portée de mains.
De mon côté, il y a beaucoup trop d’images qui me font de l’effet.
Un jour je tombe sur ces cauris en or, antiquité chinoise de la dynastie Xia-Shang (entre 2000 et 1000 avant JC).
La seconde d’avant, je ne savais pas que je voudrai un cauri en or.
La seconde d’après, c’était une certitude.
Les cauris, je connaissais les vrais, les coquillages, les célèbres et célébrés, que l’on retrouve de l’Afrique au Tibet. J’en avais rapporté du Maroc. J’en chinais, en paniers, en plastrons. Je connaissais leur symbolique de fertilité. Ou je savais qu’ils avaient longtemps été une monnaie.
J’aimais déjà leur dessin (la Nature dessine bien).
Et c’est la mer, et donc aussi ma mer.
C’est entendre le chant qui vague, dedans.
C’est l’enfance des colliers enfilés
Mais, j’ai une crainte du bijou cassable. Et qu’il puisse se briser, s’oxyder, s’érailler, s’abîmer, et donc finir par se séparer de moi, m’empêche de le choisir. Je m’attache absolument aux grigris que je porte. C’est ainsi que j’ai décidé d’en avoir peu, mais immuables, en or. Que je puisse les garder pour mon toujours.
Ceux là, répondaient présents à ce précieux critère.
Et j’ai trimballé cet échantillon sur mon portable pendant des mois.
J’ai cherché sur internet où en trouver s’approchant du modèle. Et j’ai finalement découvert Didier Guillemain. Bijoutier à Paris. (10 passage du Grand Cerf, 75002). Un homme adorable. Un air de marin. Qui en a créés de sublimes d’après un moulage très savant, pour ne pas faire exploser la nacre lors de l’empreinte. On les ramasse sur le bureau de sa boutique comme sur une plage. Le moment est comme un voyage loin.
Mon amoureux m’en a offert un premier, qui comme un tatouage, ne quitte pas mon bras.
Et celui ci, je viens de m’en faire cadeau, m’étant promis depuis longtemps que lorsque ma vie commencerait, commencerait vraiment, que lorsque j’aurai trouvé mon chemin, mon chemin de travail, que lorsque les broussailles je les aurai écartées, que lorsque je saurai ce que je ferai de toutes mes autres années, je scellerai ce début par un emblème.
Je sais, avec certitude, depuis Juin 2014, ce que je veux laisser comme traces : des mots.
Je sais que c’est à cela que je passerai tout mes souffles : à écrire.
J’ai donc poinçonné mon éclosion. À cause d’une image.
Et la vue est belle.





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