samedi 4 mai 2019

L’aimant


En bas de chez moi, en face du porche, avec juste une rue large comme un ruisseau à traverser, il y a une librairie.
J'y entre comme dans un moulin, seulement pour plonger ma main dans la farine, pour toucher les couvertures du doigt. Pour lire certaines quatrième, ou certaines premières pages.
On n'a pas toujours de vraie raison d'être là, d'être dans une librairie.
On n'a pas toujours une liste à pourvoir dans la poche.
Lorsque je me poste à ma fenêtre, d'en haut, du 3ème étage, je vois la librairie.
Et je vois tous ces gens qui haltent leur pas, et qui s'arrêtent devant l'enseigne, ou devant la vitrine, et qui s'y engouffrent, alors qu'ils ne l'avaient pas prévu.
Cela se voyait à leur démarche première, qu'ils étaient pressés. Mais ils n'ont pas résisté. On ne résiste pas, à cet antre de l'évasion.
On y va pour feuilleter. Pour s'éventer de quelques mots. Pas pour repartir avec un sac plein. Un livre, cela ne se prévoit pas. Cela ne se force pas. Il y a un bon moment pour chacun.
Une librairie, on y va comme ça, pour caresser le papier et s'y perdre, et heurter notre rythme de ces quelques instants volés.
D'ailleurs, dans librairie, il y a libre.
Si librairie vient du latin "libracia" qui signifie "bibliothèque", le livre lui vient de "liber" qui signifie "écrit", et libre vient également de "liber" qui signifie alors sans entrave et indépendant.
Un même mot, le mot liber, pour donner naissance à livre et à libre.
La librairie porte ces jumeaux à une lettre près, en elle.
Des livres à foison, et la liberté de s'y égarer.

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