samedi 4 mai 2019

L’annexe


Pourrais je avoir un briquet, sans pour autant fumer ?
Pourrais je avoir un briquet dans la poche ?
Il serait là comme le silex avec lequel on a joué aux indiens, avec lequel on a appris à faire des étincelles et qui sent ce brûlé inimitable et qu'on ne lâcherait pour rien au monde, parce qu'il est un caillou un peu dangereux, un caillou d'adulte.
J'ai toujours voulu un briquet. J'ai toujours voulu avoir cet accompagnement qui fait du feu comme ça, d'un roulement de doigts.
Je ne m'en servirais pas. Je l'aurais pour l'objet et rien d'autre.
Je l'aurais pour ce qu'il symbolise. Pour ce feu que les humains ont su faire, ont conquis.
Je l'allumerais pour rien, pour éblouir ma vue d'une tâche d'un instant, de celles qui s'incrustent.
Je crois que j'en aurai un. Que peut être j'y ferai graver mon nom ou une phrase ou les deux.
Que je le soupèserai parfois dans la paume pour réchauffer son métal. Que j'aurai cet objet sans fumer, qui ne me servira à rien.
L'enfant dirait qu'il n'est pas important que tout soit nécessaire. L'enfant n'est pas pratique.
L'enfant se fait des histoires. Des chimères qui s'étalent.
Peut être que parfois, nous avons besoin d'inutile. Que ce qui est négligeable est essentiel.
Que l'on pourrait se passer de tout, mais que l'on ne s'en passe pas.
Car l'inutile est ce qui se contemple. C'est un tableau sur un mur. C'est une image qui se passe. C'est un ustensile délié de ses fonctions.
On croirait que c'est s'attacher aux possessions.
Mais l'un des synonymes du mot "utilitaire", est "matérialiste".
On confond parfois, l'importance d'une annexe, avec le superflu.
Et puis ce briquet, s'il le faut vraiment, s'allumera.

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