samedi 4 mai 2019

Le miroir (LA CARTE « recto / verso » Texte Avril Bénard – Photographie Sara Imloul, Le miroir, Das schloss. Avec Punto de Fuga et Éditions Filigranes 2015).



Certains murs portent un miroir. C’est leur rôle. Et c’est tout.
On ne leur en demande pas davantage.
Ils ont là à soutenir un abîme.
On entre dans une pièce connue, et l’on sait que l’on y trouvera notre copie dans une glace. Souvent même on s’y prépare. Ce miroir est là, et nous accueille et nous reçoit.
Et même si l’on ne s’y arrête pas, on l’aperçoit au détour.
Mais il arrive que le reflet ait été décroché. Quelqu’un, peut-être nous, l’a ôté du clou quelques heures de l’auparavant, pour le déplacer ou le nettoyer ou qui sait.
Et on entre dans cette pièce, et le réflexe veut que l’on ait oublié cette absence.
On s’attend à y trouver comme d’habitude notre autoportrait. On s’attend à y trouver comme d’habitude cette flaque. Et on entre, et il n’y est plus.
Et l’on se heurte au plâtre. À son vide qui paraît là plus vide qu’ailleurs, car notre fenêtre y manque.
On croit être invisible. On croit avoir disparu. Cela dure un instant. La durée d’une éclipse.
On s’attrape le visage pour verifier qu’il est palpable encore. Il l’est.
Et la mémoire nous rappelle. Et la mémoire nous ramène.
On revient du néant.



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