samedi 4 mai 2019

Le rouge et l’armoire


Je n’en avais pas.
C’était une lacune parmi mes cintres.
Et même une carence.
C’était sous-jacent depuis longtemps, et la crise devait éclater cette fois.
Un matin, m’habillant, la tenue qui n’y tenait plus hurla qu’il lui en fallait.
C’était visible. Elle était en manque.
Et pas moyen d’en trouver dans le dressing.
Jusque là je m’en étais passée. Mais cela ne pouvait plus durer.
L’omission était totale. Ou presque. En fait j’en avais une. Mais en velours, faite pour les soirs.
Pour le jour je n’en avais pas la moindre.
Il était nécessaire d’y remédier, et de combler la pénurie.
Il fallait trouver une robe rouge.
Il me semble qu’une femme, doit en posséder une. Que c’est impératif. Que c’est un habit de fond.
Quand j’imagine un placard féminin, il y a dedans une robe rouge qui dépasse.
C’est le rouge fatal du glamour. Celui d’Hollywood, de ses films et de ses tapis. Le célèbre rouge de la séduction.
Et il me semble que celle qui en porte, n’a pour quelques heures plus rien à faire pour sa féminité. Ce vêtement est un cliché tel, qu’en l’enfilant elle n’a plus aucun grand jeu à y jouer. Qu’elle peut se reposer dedans. Et parler à tort et au travers. C’en serait presque un uniforme qui s’endosse.
La mienne, j’ai fouiné pour la dénicher. J’ai humé l’air, j’ai suivi des pistes. Vainement.
Ma quête était au désespoir. J’avais en tête du trop mythique. Je voulais celle de Fortuny portée par Helena Bonham Carter, dans le film « Les ailes de la colombe ». J’avais renoncé. Car si elle ne pouvait friser cette hauteur, je choisissais de m’en passer. Je n’y croyais plus.
Et je suis entrée chez « Bimba y Lola », ayant oublié ma tête de liste.
Et il y en avait une. Je l’ai essayée malgré moi.
Ça n’allait pas. Il n’y avait pas assez de tissu ; comme trop souvent on avait pensé sexy au lieu de penser éternel. Et un détail très étrange l’entravait, un élastique enserrant la hanche, inutile et inexplicable.
Mais je croyais en son potentiel. Ou bien j’étais entêtée.
Alors j’ai demandé la taille L. La vendeuse a ri de cet excessif.
La largeur changea tout.
Je suis rentrée à la maison avec la robe, j’ai coupé avec de gros ciseaux la ceinture comme un ruban à une inauguration.
Et alors sous mes yeux elle devint antique, elle devint toge. À même porter pieds nus sans pour autant perdre mes centimètres.
J’ai échappé à cette disette. J’ai une robe rouge. Elle peut jouer au rouge et au noir dans mon armoire.


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