samedi 4 mai 2019

Le tournis


Ce matin là je me suis réveillée comme ça.
Et cela a duré trois jours sans que je n'y puisse rien.
Je voyais le monde à ma fenêtre et il paraissait très bien couler sans moi, comme un fleuve qui n'a pas besoin de guide. J'en étais spectatrice.
Comme de mes miens. Comme de mon chien.
Je n'y prenais plus part. Je ne m'en sentais plus le droit. Je me sentais irréelle.
Je ne me l'expliquais pas. Chaque geste que je posais me sonnait faux.
Je regardais mes mains comme pour la première fois.
Chaque objet avait l'air de sortir d'un songe qui s'acharnerait à durer.
Je voulais que cela cesse. Je suis sortie pour prendre l'air.
Dehors, cela m'a sauté à la peau, et je me suis souvenue de lui.
Et que à chaque équinoxe il souffle large comme ça, comme s'il voulait faire tourner la Terre, comme s'il croyait que c'est de lui que dépend sa rotation.
Et que à chaque équinoxe, je me sens comme ça, sous son empire, ivre sur son bateau, à ne pouvoir lutter contre ce chant qu'il déchaîne.
Et je voyais les autres, et leurs mots nerveux, et je voyais comme cela les sonnait pareil.
Une fois que je cheminais Essaouira, où l'alizé est connu pour s'époustoufler sans cesse, j'ai croisé dans le laps d'une seule heure un homme en sang des pieds au crâne et qui n'avait pas l'air d'en être effrayé, un autre demi nu en suaire sur son debout immobile, et encore un autre qui menaçait une foule de sa machette.
Le vent a ce pouvoir d'entonner de la folie.
Le vent lorsqu'il en veut trop, lorsqu'il est trop grand, il bouscule tout.
Le volet qui cogne à la fenêtre pour entrer se mettre à l'abri, la mouche qui ne peut plus rien, et la tête valdinguante sur nos épaules.
Et l'on ploie sous cet empire qui ne fait plus résonner que lui dans nos pensées. Il n'y a plus de place que pour ce son et sa force.
Il n'y a que les marins pour l'acclamer de bonne foi.
Ce vent là ferait dire n'importe quoi.
Et puis il se lasse, il se calme. Son sillage arrache encore quelques fragilités. Et il s'arrête.
Il s'est bien rendu compte qu'il allait tous nous perdre s'il s'acharnait encore.
Il s'est bien rendu compte que la mer n'était pas là pour lui donner du sens.
Il a rendu le silence.



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