samedi 4 mai 2019

L’entêtée


Parfois, on se réveille un matin, très téméraire.
On saute du lit comme ça, avec une fougue à vouloir prendre de grandes décisions.
On ouvre toutes les fenêtres de la maison, on veut changer l’air.
On dirait que cela a germé pendant le sommeil. Que c’est comme une fièvre qu’on aurait.
Une ivresse du radical.
On a les envies sans dessus dessous.
Et c’est ainsi que l’on se décide à changer de tête.
Comme ça, sans poser sur une balance le pour puis le contre. En somme : sur un coup de tête.
Pour voir. Pour s’y voir. Pour en avoir le cœur net.
Et le lendemain on se réveille, et on ne comprend pas ce qui nous est arrivé.
Ce qui nous a pris. Ce qui nous est passé dans cette tête. Car cette tête on ne la reconnaît plus.
Car changer de tête, change tout.
Et comme un amputé qui continue de sentir le membre disparu, on passe la main dans les cheveux, mais le geste est inutile. Le geste est de trop.
On a les cheveux courts. On l’a voulu. C’est bien peut être.
Et on se poste devant l’armoire, et on voit tous les vêtements comme des inconnus.
Cela change toute la garde robe, cela rééclaire un vestiaire, une coupe de cheveux. Rien de mieux en fin de compte pour redécouvrir ce que l’on a sur les cintres.
On ne peut pas s’habiller comme avant. C’est à dire que si, mais on ne sait pas comment s’y prendre. Ce n’est pas anodin, on se voit autrement. On se sent autrement.
On doit se réinvestir. C’est identitaire.
On est maladroite.
On veut mettre une robe, oui, évidemment, pour se rassurer, pour se sentir féminine, oui.
Et même si c’est idiot. Et même si c’est un raccourci de penser ainsi la féminité.
Mais on a depuis seulement quelques heures les cheveux courts, et on est un peu perdue.
Et même on le sait bien, que si couper ses cheveux, faisait cesser d’être une femme, cela signifierait que ces cheveux, sont comme les moustaches des chats, qui si on la leur taille se cognent aux murs, ayant perdu leurs antennes.
Mais tout de même on veut mettre une robe, juste pour la sentir sur sa peau, juste pour retrouver un repère. Un repère établi.
Alors on la met. En plus il fait beau.
On est un peu tremblante de sortir. On a peur que les autres non plus, ne nous reconnaissent pas. On se sent toute neuve. Élaguée. Prête à repousser.
On s’en va en scooter avec l’amoureux. Et quand on enlève le casque, au moins, on n’est plus du tout décoiffée.




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