samedi 4 mai 2019

Les boutures


Je viens de terminer "M Train" de Patti Smith.
Et alors que la dernière des phrases était inévitable, que d'une seconde à l'autre j'allais devoir quitter la rêverie dans ses méandres, je réfléchissais à comment gagner du temps, à comment repousser la séparation.
Je suis allée fouiner les pages de la fin. À la recherche des remerciements qui sont toujours mystérieux, car adressés à des prénoms énigmatiques.
J'ai lu les deux sommaires, celui des photographies, et celui des chapitres.
J'ai lu la note concernant la police de caractère.
Et puis j'ai encore tourné une page, puisqu'il en restait.
Et là, quelques feuilles blanches. Précisément 6.
6 feuilles sans rien dessus. Une générosité. 6 feuilles blanches pour être sûre que le lecteur ait du papier sous la main, de quoi noter quelques pensées.
Suffisamment pour commencer quelque chose.
Elle l'a choisi, cette invitation. Elle a laissé de la place. À tous ceux qui auraient quelques mots urgents qui leur viendraient alors qu'ils auraient son livre ouvert.
Et toujours, cette bienveillance des anciens est bouleversante.
Il y a eu des époques, où il y avait des apprentis aux maîtres de peinture.
Il y a eu des époques, où il y avait des mouvements de créations en groupe, et où à qui le souhaitait vraiment il n'y avait qu'une porte entrebâillée à pousser pour en faire partie.
C'est lorsqu'un arbre laisse croître toutes les pousses à ses racines, sans en être étouffé. Lorsqu'un artiste laisse sans jalousie et sans réticence de l'espace pour les inspirations d'inconnus.
Lorsque l'artiste cherche à hisser vers l'audace. Lorsqu'une vieille âme qui n'a peut être pas rempli sa vie comme elle le voulait n'en éteint pas pour autant les élans fous d'une jeune.
Et que cela est fait sans ostentation. Que ce n'est pas revendiqué.
Que ces pages sont là pour celui qui les voit, pour celui qui les veut.
Pour celui qui en aura besoin.

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