samedi 4 mai 2019

Les breuvages


Je me souviens, comme chacun, de la première gorgée de Bordeaux, ou d'Arabica.
Celle permise par un parent. Et que l'on avale pour imiter ce grand. Pour devenir grand soi même, un instant.
Et de ce contrecoeur au tannin ou au marc. À reposer sur la table le verre entamé du bout des lèvres, et encore plein jusqu'à ras. On grandira plus tard.
Il y a des habitudes qui sembleraient impossibles à prendre, mais qui entrent chez nous par une autre voie, celle de la littérature.
J'ai pris un goût immense à des choses qui en avaient un mauvais jusque là, juste pour faire verser des livres jusqu'à mon réel.
Ainsi, j'aime le café noir, le Gin, le Ricard, ou le vin rouge.
Je me souviens d'avant. De ces grimaces amères à ces liquides incompréhensibles.
Mais que n'aurais je pas fait pour un peu plus de Fitzgerald, de Duras, ou de Giono.
Pour avoir dans la bouche, une langue qui en sait plus. Une langue d'adulte. Qui sait apprécier l'infect.
Car à les voir embrasser ces élixirs, je me suis posée des questions. Si eux en chantaient des louanges, c'est qu'il devait y avoir un charme insoupçonné.
J'ai bu d'autres gorgées. Je me suis bouché le nez. Et puis j'ai laissé mon nez tranquille.
Le pastis m'avait toujours écoeurée. Mais lors de mes 22 ou 23 ans, j'ai commencé un jour
"Le marin de Gibraltar". Et pour accompagner le narrateur dans sa passion et son errance, j'ai acheté une bouteille d'anis, et j'ai trinqué avec lui. Un soleil de printemps criait aux fenêtres ouvertes, je me déplaçais chez moi en même temps que ses progressions, un pastis à la main.
Ainsi, tout à fait dans l'évasion du récit, j'étais dans une Italie torride, avec ces rasades d'alcool jaune paille.
Et le café, je ne l'ai voulu que pour celui de tous les romans. Il y en a toujours un quelque part.
Il est fumant ou noir. J'ai appris à aimer autant son arôme que son parfum, même si toujours ce parfum est plus moelleux que l'extrait. Et aujourd'hui, une journée sans ce nectar est une journée fadasse. Je ne saurais me passer de ce compagnon qui fait durer la paresse. De ce prétexte qu'il me donne à perdre encore 5 minutes. 5 minutes qui flânent.
Les anecdotes d'autres, de ceux que l'on admire, ce sont celles auxquelles on s'accroche pour s'intensifier.
Il y a peu de remparts, entre un corps et sa vie, et des mots sur des pages, lorsque ces mots content un héros auquel on s'attache. Cela entre de soi même, comme un amour, ou une grippe. Et des phrases restent là, et des breuvages parfois.
Et plutôt que d'avoir trop bu, j'ai trop lu.

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