samedi 4 mai 2019

Les crocs-en-jambe


J'enfile toujours la jambe gauche en premier. Si j'enfile d'abord la droite ça commence déjà mal.
Si j'enfile la droite en premier cela s'entortille et aucun pas n'est possible.
Avons nous tous un sens des gestes ? Sans parler d'être gaucher ou droitier, avons nous tous une prédisposition à un côté du corps, un côté qui sait mieux par où s'atteler aux actes ?
Je suis droitière. Mais mes faits commencent par la gauche, le sens de la lecture.
J'enfile cette gauche. Puis, calmement, d'un geste, la droite. Il arrive que même ainsi je doive tout recommencer. Car cela s'est mal passé. Cela s'est tourné. Cela tire aux genoux et aux mollets. L'emballage est à refaire.
Mais si cela se passe bien, quand les deux jambes n'ont rien à redire, une journée en collants est de toutes façons une journée d'épreuves à craindre. Autant dire que l'hiver réclame des nerfs bien tressés.
Car cette étape du matin qui saute d'un pied dans le nylon, n'est que le début des manœuvres.
Si la paire n'est pas d'une qualité soutenue, en un nom, si ce n'est pas un Wolford, elle tombe. Et les mains s'agrippent d'une minute sur l'autre à l'élastique du ventre, pour tirer vers le haut le sac à deux branches.
Car ce distendu qui pend, d'abord entrave la marche, et irrite la peau qui s'y frotte.
Mais cette chute pourrait passer encore. On pourrait s'y faire, et prendre la mesure pour placer en douce la remontée, pour que cela ait l'air normal ou naturel ou les deux si l'on peut.
Mais il suffit qu'un chien nous oblige à la fête, avec toutes ses griffes sorties par la joie qu'il en a, et que l'une d'elle s'accroche, comme ça, sans qu'il le fasse exprès pourtant, et c'est un accroc qui s'est filé.
Un chien, ou une chaise et son écharde qui dépasse, ou le coin d'un meuble ou d'un cartable qui nous retient.
Et puis quand cela se troue, c'est toujours au gros orteil. Et ce dernier bleuit non pas de froid, même pas, mais d'être enserré dans ce lasso qui l'a pris au piège.
Ou parfois un caillou n'est pas dans la chaussure, mais bien glissé entre la voûte et la fibre. Inextricable à moins de tout reprendre depuis le début.
Malgré cela, malgré ces paroxysmes de contorsions et d'inconforts, on en porte du mois d'Octobre au mois de Mars.
Je m'adresse aux femmes. Les hommes ne connaissent pas cette bête noire avec 2% d'élasthane. Ils ne savent pas leur chance.





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