samedi 4 mai 2019

Les moyens du bord


On peut encore dire sur lui, puisqu'il est encore là. Et il est encore là, un peu. Cela se voit dans le ciel. La lumière qui s'épanche, c'est encore celle des beaux jours. Très claire et très copieuse.
J'ai raté toutes mes valises. Toutes et sans exception. De l'été. De cet été là, celui ci qu'on achève.
Je croyais que mes prévisions étaient exemplaires.
J'avais étudié le parcours des nuages. J'avais produit des listes, reniflant les photos de mes aoûts précédents, établissant des statistiques de ce qu'il faut emmener et pourquoi et en quelle quantité.
Je croyais ma science infusée.
Mais sur les trois que j'ai dû faire, pour trois lieux différents, il n'y en a pas une qui ait tenu ses promesses.
Toutes avaient des lagunes, des lacunes.
À vouloir voyager léger, j'ai manqué de tout, et surtout de choix.
J'aurais pu faire les cent pattes/rôder aux quatre coins de mon bagage comme un lion dans une cage.
J'avais la rage contre moi même qui couvait comme une puce.
J'étais presque vaincue, par ma théorie.
Mais le voyage, se pratique. Et il a cela de prodigue de nous obliger à réinventer un monde, le nôtre, là où il nous emmène. Et à le réinventer à partir de presque rien. Car c'est notre présence qui le bâtit. Et comme un Robinson, le lieu où l'on s'échoue finit par porter des noms familiers.
J'ai essuyé la pénurie. Je l'ai exercée.
J'ai tout mis à plat pour bien y voir. Et j'ai réveillé l'ingéniosité.
J'ai trouvé des solutions pour réinventer le peu.
J'ai mélangé l'incompatible. J'ai ceinturé de l'improbable. J'ai fait toutes les combinaisons possibles, tous les duos insoupçonnés. J'ai porté mes choses comme jamais.
Et cela ne s'est pas vu que je n'avais emporté que trois trucs et six dessous.
Car le peu, oblige aux miracles.
Et l'été a fait ce qu'il a pu.
Il n'a peut être pas brillé en continu.
Il n'a peut être pas été tout de son long ce grand moment présent qui ne compte plus sur les heures.
Il n'a peut être pas lancé autant de rires au vent que nous l'aurions voulu.
Il n'a peut être pas tenu toutes ces promesses.
Mais réussi ou non, l'été a été. Encore une fois. Et comme il a pu. Et avec héroïsme. Et avec les moyens du bord.




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire