samedi 4 mai 2019

L’étrier


On prend sa source aux parents. C’est évident.
Et puis on prend sa source au bahut et aux professeurs qui nous montrent des chemins.
Grogner à leur endroit, ne pas vouloir apprendre, pester contre les cours et ces adultes, c’est tendance.
Et pourtant ils nous mettent sur la voie.
Ils sèment des déclics dans notre écoute.
Ils guident notre pousse.
Ils nous confient le Monde, avec une boîte à outils pour le regarder.
Rien ne sert à rien. Et même notre ennui pour certains apprentissages que l’on croit inutiles, nous indique vers quoi nous tourner d’avantage.
On gagnerait du temps, à être moins entêtés à ne pas vouloir y aller.
J’ai aimé les classes. J’ai peu râlé, j’ai peu fait semblant d’avoir de la fièvre ou mal au ventre les lundis matins comme par hasard. Je le jure.
Je n’étais pas première, mais je n’étais pas un cancre.
Je n’adorais pas tout, les maths et moi ça ne donnait pas un total acceptable, et je redoutais de voir accourir le sport.
Mais certaines heures je les espérais et je les attendais, patientant à dessiner dans les marges, ou le regard perdu, aux fenêtres et à ce qui s’y passe, et à l’horloge au dessus du tableau noir et de ses poussières de craie.
J’attendais les cours d’Arts Plastiques de Mme Bosser. J’attendais son immense salle du dernier étage où l’on avait la place d’éparpiller nos affaires. Où elle nous laissait tout déborder, les pages et les habitudes. Et même nous couper les cheveux aux ciseaux sous ses yeux, sans retenue.
J’attendais les cours d’Histoire Géographie avec Mr Marbeau. Il nous racontait les dates et les lieux, les pays et les grands Hommes, les drames et les odyssées, les arts et les monuments, comme un roman à rebondissements, avec des suspens et des logiques, à vouloir savoir tout de la suite.
Et j’attendais le Français avec Mme Rozé. Le Français, et la Littérature.
Sa passion à nous rendre vaillants face à un livre, à nous donner un trousseau de clés pour en ouvrir toutes les portes et faire surgir tous les sous textes, à y voir les poèmes cachés, à déchiffrer les symboles entre les lignes. J’ai appris à lire, à lire vraiment, avec elle.
J’ai appris à bêcher tous ces mots pour en faire sortir des couleurs insoupçonnées.
Et mon écriture a dû naître là, quelque part par là. (Et aux rimes de ma mer).
J’ai eu beaucoup de chance, mes années collège et mes années lycée, je les ai respirées à l’École Alsacienne.
Dans ce pâté de maisons où la joie règne et s’entend à la ronde et plus loin encore.
On m’a laissée avancer à l’œil de ce giron là.
Cela se sait, que c’est un nid où l’on déploie les ailes de chaque enfant.
Cela se sait sûrement qu’au dernier jour de terminale qui sonne à la cloche, tous les yeux sont trempés, et que l’on n’en finit pas de dire au revoir à ces murs et à ceux qui les font résonner.
Et Mr de Panafieu, le capitaine des lieux, le directeur, son sourire qui apaise et règle tout, nous garde les portes ouvertes, et n’oublie aucun prénom.
Maintenant j’ai l’âge de dire les leurs. Gaëlle Bosser. Michel Marbeau. Sylvie Rozé. Pierre de Panafieu.
Je rends cette copie. Ils vont la lire. J’espère qu’il n’y a pas de faute d’orthographe. J’ai le trac comme avant.


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