samedi 4 mai 2019

L’habit qui en savait trop


Un morceau de musique, souvent cela s’imbibe de ce que nous traversons.
Il est tout neuf au début à nos oreilles, et puis il vit avec nous, il participe à de grands moments, à des joies et des fêtes dont on sait déjà qu’elles seront des mémorables, ou à des drames qui nous colleront aux basques.
Il ne s’agit même pas de l’écouter en boucle pour qu’il s’imprègne ainsi.
Mais il suffit que notre tête décide de faire le rapprochement, entre ce son de notre quotidien récent, et les événements.
Et cet air se charge, comme le « souvenir » que l’on achète en voyage, l’objet que l’on dégote (pas forcément prévu à cet effet, pas forcément Made in China) qui a cette responsabilité de devoir tout contenir et tout sceller de cette ballade ailleurs.
Et cela s’ancre.
Je ne peux plus entendre « Encore et encore » de Cabrel sans penser à un chagrin d’amour de ma vingtaine, l’ayant fait jouer sans relâche au gros de mes larmes.
Ces paroles auxquelles je m’étais accrochée comme à des bouées, il n’y en a pas un mot qui en soit resté sauf.
Un morceau de musique, souvent cela s’imbibe de ce que nous traversons.
Et les vêtements, les vêtements c’est pareil.
Et il arrive qu’on ne puisse plus en mettre certains pour cette raison.
On n’a rien à leur reprocher. On ne s’est pas lassé d’eux. Leur couleur ne s’est pas ternie.
Leur coupe nous emballe encore.
Mais ils en font les frais, d’avoir été portés par un sale temps.
Ce n’est pas même de la superstition. On aimerait faire table rase. Mais c’est qu’on n’a pas le courage de réinvestir ce rappel. On n’a pas le courage d’endosser une date que l’on voudrait oublier. Et cette tenue en est trop marquée.
Et même sur les autres cela nous fait cette crainte, à avoir envie de fermer les yeux devant un habit que l’on reconnaît pour avoir été un témoin qui en sait trop.
Si on les garde, ils sont bannis quelque part chez nous, et on ne les sort plus.
Comme on ne réécoute pas la chanson des sombres jours.
Il y a comme ça un tiroir de ces parias. Qui dans leur fond se savent tous innocents.
Ils n’ont rien commis. Ils étaient sur nous au mauvais moment.
Ils sont à l’écart des neufs et des intacts.
Et ils chantent dans leur coin.





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