samedi 4 mai 2019

Mauvaise tasse


"Mais c'est qui cette tasse ?!!" c'est ce que je me suis exclamée en rentrant chez moi et en la posant sur la table.
J'étais allée chiner, elle coûtait 2 euros, elle était jolie. Mais une fois rentée, qu'elle soit "jolie" ne suffisait pas.
Elle se retrouvait au milieu de mes objets, qui ont tous une histoire, une raison d'être ici, un sous texte, des références.
Elle était là sur la table. De trop. Elle bouleversait leur équilibre. Et je ne pouvais rien lui coller. Elle m'évoquait que dalle. Elle était jolie, ce n'était pas assez. Elle aurait pu être belle que cela ne m'aurait pas apaisée.
Je ne la reconnaissais pas. C'était catégorique, elle ne pouvait pas, faire partie de mes affaires. Il fallait qu'elle s'en aille.
Peut être que pour y remédier, il aurait fallu qu'elle y mette du sien, qu'elle me souffle que ses couleurs pourraient me rappeler, en s'y penchant bien, tel tableau ; ou que sa forme, d'un côté, tiendrait du surréalisme.
Mais elle ne m'a rien soufflé. Et il fallait que je m'en débarrasse, et le plus vite possible.
Il fallait que je la quitte. Elle m'encombrait, comme un malaise, comme une erreur.
Je suis donc sortie en pleine nuit, la coupable dans ma poche, comme un petit cadavre à dissimuler, et je l'ai déposée sur un banc de la rue, pour qu'elle fasse un autre bonheur, le mien avec elle étant inimaginable.
Je vis avec des fantômes, au sens large. Ils habitent dans mes choses. Je les ai insufflé à leur insu peut être.
Matisse, Frida, Ingrid Bergman, Calder, Miró, Axel Vervoordt, Patti Smith, André Breton, Man Ray, Picasso, Paradjanov, Giono, le Tibet, les Indes, Audrey Hepburn, une image aimée, les inuit, Peter Beard, Brancusi, Moby Dick, mon grand père, les Sioux, tous vivent un peu à la maison. J'ai glissé une part de chacun, parfois fragmentée, entre mes bricoles.
Il n'y a pas un élément qui n'en soit investi.
C'est un sens large, car certains d'entres eux sont vivants dans la vraie vie.
Le fantôme, c'est ce que tu laisses te hanter, de ton plein gré.
Mais si la chose est vide, je ne peux pas m'y faire. Il me semble avoir un inconnu en face, qui s'est invité sans y être convié.
Il est certain que ce n'est pas criant. Que celui qui n'a pas été prévenu que Matisse vit un peu dans ce tapis au mur, il n'y verra rien d'autre qu'un tapis.
Mais le but, n'est pas que cela se voit. Il n'y a d'ailleurs aucun but. Aucun autre en tout cas que celui de vivre bien entourée.
Et cette tasse, la tasse, c'était juste une tasse.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire