samedi 4 mai 2019

Olfictif


C'est une présence tacite. Elle vit là. On le sait. Elle vit là comme vivent les araignées dans les placards. On y croit comme l'on croit à certains fantômes. À ces quelques uns.
À celui qui veille en douce, un disparu que l’on ne saurait laisser s’en aller, que l'on retient par des objets et des pensées continuelles.
Et d’autres, ceux qui font tomber des objets derrière notre dos tourné ; et ceux encore qui inquiètent les bâtisses isolées, les grandes bâtisses aux sons incontrôlables, aux parquets qui craquent sans raison, aux volets qui battent sans le vent.
Elle, elle est là de cette même manière. Elle est fugace comme l'invisible.
Il n'y a qu'aux visiteurs qu'elle saute à la gorge en évidence. Les visiteurs ont le nez clair, neuf, un nez capable de décanter un ordinaire.
Le nôtre y est trop accoutumé. Il ne renifle que le passager.
Mais il suffit que ces visiteurs restent quelques heures, et elle se fait oublier. Ils en ont le souvenir, ils savent qu’elle était là, mais déjà elle leur échappe comme un bruit ou un courant d'air. Déjà ils se sont habitués.
L'habitude est ainsi faite qu'elle s'installe l'air de rien. Et lorsque l'on veut la saisir, il faudrait pour cela tout changer.
Parfois, pourtant, lorsque l'on revient d'une absence, on la perçoit. Parce qu'on a le nez neuf. Neuf pour quelques instants. Jusqu'à ce que l'habitude la dissimule de nouveau.
Mais pendant ces quelques instants du retour, on la sent.
C’est l'effluve de fond. C’est celle de la maison. C’est elle qui reste même quand on aère, qui exhale même des tiroirs, qui exhale même de nos livres entre les pages.
Si l'on hume bien, si l'on hume jusque là sans éternuer, la poussière, un stylo ou un trombone, portent également sa marque.
Elle est inexplicable.
Et si l’on s'interroge sur sa source, si l’on part à sa recherche avec de grandes inspirations, on ne la trouve pas. C’est l’ensemble de nos choses, leur addition, et nous dans les parages, qui la composent.
Lorsque l’on déménage, elle déménage avec nous, il paraît. Elle nous suit comme un destin.
Certains diraient que cette odeur, ce parfum, c'est l'âme d'un lieu. Je vais le dire aussi.




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