samedi 4 mai 2019

Pas de deux


Ce sont deux chemises. Vues d'ici on penserait deux chemises anodines.
Et même nous ne savons pas trop pourquoi nous sommes sommés de nous y intéresser.
Mais ces deux chemises, se distinguent de toutes les autres.
Car ces deux chemises, ce sont mes parents, les parents de lorsque j'étais l'enfant.
Ceux là. Ceux de cette époque.
Pas ceux de maintenant. Ceux d'il y a longtemps.
La blanche à pois, c'est ma mer. C'était son haut de pyjama.
C'était ma mer qui bordait mes soirs.
Ma mer venant me sauver des cauchemars qui me réveillaient.
Ma mer des petits déjeuners, qui me faisait croire que cette lumière au mur de la cuisine était ma bonne étoile, quand en réalité elle était le reflet de l'ampoule dans mon bol de chocolat.
La grise imprimée, c'est mon père. Il en avait un plein, mais je ne retiens que celle ci.
Celle de celui qui me racontait des histoires.
De celui du riz au lait des jeudis.
De celui qui me fabriquait tout ce que je voulais.
De celui qui me portait pour reposer mes enjambées.
Et lorsque j'étais dans ses bras, je voyais, de très près, ces animaux d'Afrique, des girafes des chameaux des antilopes, et c'était comme si je retrouvais mes jouets, imprimés et transportés dans mon blotissement.
Lorsque je me penche sur mon premier passé, ce sont ces chemises qui s'imposent.
Elle contiennent plus qu'une photo de ce couple qui m'avait mis au Monde. Elles ont leur matière sous les doigts, et leurs odeurs d'alors.
Et il y a quelques années, j'ai décidé de les rassembler, pour les garder comme une relique.
Elles se tiennent par la manche, et ces vestiges vont de paire.
Les choses elles peuvent contenir ça, des moments précis, de l'intact.
Les choses ont de la mémoire.

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