samedi 4 mai 2019

Pour couper court


« En Avril bla bla bla ». Ce proverbe rabat-joie. Ce projet rabat-joie.
Et à force de l’entendre dans la bouche des parents qui craignent le rhume pour l’enfant, à force de l’entendre comme un refrain annuel, à force de l’entendre, cette sentence, on finit par la croire.
Et quand il fait bleu comme ça, et qu’en plus il fait chaud, que c’est le début de quelque chose, le début d’un solstice, cette phrase pourrait presque nous le gâcher, le premier beau temps.
À en avoir trop chaud, à transpirer pour être exemplaire.
Mais pourquoi serions nous sages ?
Après tout, un rhume ce n’est qu’un rhume, et on ne va pas en faire tout un foin.
Qui donc l’a décrété, que pour ne pas se risquer, il fallait se calfeutrer ?
Cela en deviendrait presque une superstition, mais mieux vaudrait plutôt adopter ce dicton là « Je ne suis pas superstitieux, ça porte malheur ».
Alors, pour couper court, j’ai coupé mes cheveux, très court. Hier.
Cela faisait disons 10 ans, que j’y pensais.
Je regardais les photos de Jean Seberg, d’Audrey Hepburn, leur avant et leur après.
Je regardais quelle évidence cela avait été pour leurs visages.
Mais je n’osais pas. Je craignais mes larmes sur mes longueurs gisantes au sol.
Je craignais également, et ceci est un écueil ou une écume, d’y perdre en route de la féminité.
J’avais beau constater qu’il n’y a pas plus exquis qu’Audrey Hepburn avec sa coupe mythique, j’avais beau ça, j’avais beau tout, j’ai mis 10 ans à me décider.
Et chez le coiffeur j’étais loquace de trac. Et, le premier coup du ciseau. J’aurais pu fermer les yeux devant ma trouille. Mais je me suis entendue dire « plus court », comme dans la scène de « Vacances Romaines ».
Et je suis sortie allégée, allégée d’un poids sur la tête. Et je n’avais rien perdu sur la route. J’avais une robe. J’avais du rouge à lèvres. J’étais une femme, libérée.
(Bobby va être triste comme un clou).
Et c’est le printemps, et les animaux sont les premiers à perdre leur poil d’hiver, dès que le soleil se la ramène.
Et l’Avril que je suis s’est ainsi découverte, de plusieurs fils.
Pour couper net.


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