samedi 4 mai 2019

Prendre des couleurs


Lorsque j’étais rentrée des Indes, cela m’avait frappée.
Je revenais d’un pays où j’avais vu des couleurs inconnues, des couleurs si pleines, si denses, et qu’on ne trouve que là bas.
Je revenais du pays où tout est prétexte à la couleur.
Où l’on peint jusqu’aux cornes des sacrées vaches, et où on leur appose un point safran entre les yeux, la place du troisième oeil.
Un pays où les hommes, se bigarrent sans relâche.
Un pays où les hommes mélangent tout comme cela se trouve, les madras et les pois, les brillances et les rayures.
Ce pays qui a même donné son adjectif à certaines nuances du prisme.
Ce pays qui a même sa fête des couleurs, la fête Holi, où durant deux jours les corps habillés de blanc sortent dans les rues et se lancent des pigments comme autant de bonjours.
Et s’en reviennent méconnaissables, de la tête aux pieds Pollock ou Poliakoff, et déteignants sur tout.
Ce pays là.
Et j’en étais rentrée.
Et les hommes d’ici, nos hommes d’ici, m’apparaissaient tout gris sans même que cela soit la nuit.
Pourriez vous le leur dire, de ma part ?
Dire aux hommes de France et de Navarre, leur demander, de troquer un peu leur bleu-blanc-brun, leur beige et leur pâles, contre du rouge, du jaune, du rose ?
Car qui l’a décrété, que le rose était forcément féminin, et le ciel masculin ?
Pourquoi ce rose ne pourrait il être l’égal du noir ?
Qui s’est mis dans la tête de ranger les couleurs et de les connoter ?
Une couleur est une couleur, elle n’appartient à personne, elle appartient à tous.
Et sans pour autant être coquet, chaque homme peut s’en emparer pour s’en parer.
Pourriez vous le leur dire, de ma part ?




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