samedi 4 mai 2019

Qu’est ce qu’elle a ma gueule !


Une chose à bien se mettre en tête, c’est que la tête c’est dans la tête. Le physique c’est dans la tête. Le corps habite dans la tête.
C’est comment on se voit, c’est comment on se pense.
Le corps n’est pas ce que nous voyons dans les miroirs.
Il ne s’agit pas d’intellectualiser, mais de se guider.
Et de se couver un peu du regard.
Et si l’on choisit que l’on est beau, on le devient.
De même que celui qui est petit de taille, s’il se pense grand, bouge grand, il allonge ses gestes, il se déploie, et il en devient grand.
Il paraît que je suis jolie, et même plus selon certains.
Je ne vais pas faire d’objection, je n’en sais rien objectivement.
Mais j’aurais pu ne pas l’être, objectivement.
J’ai beaucoup œuvré à me saboter. Je suis montée à mes propres créneaux à vouloir ressembler à des opposés.
Longtemps, toute l’adolescence, j’ai combattu contre mon visage.
Et dès que l’on se bat contre un élément de soi, on ne fait pas corps. C’est la discorde.
J’avais déjà ce prénom insensé. J’avais une peau rousse. Je ne voulais pas de toute cette différence. J’allais à mon encontre, et non à ma rencontre.
Je ne m’osais pas.
Et puis sont entrés dans ma vie les exemplaires d’Helena Bonham Carter, Tilda Swinton, Devon Aoki, Sissy Spacek, Carla Sozzani, Jack Nicholson.
Leurs visages sont irréels, évadés d’on ne sait quel Monde.
Des visages sortis d’un imaginaire ayant beaucoup d’imagination.
Et leurs visages, comme ils les acceptaient, comme ils les portaient, comme ils les accompagnaient, comme ils poussaient la vis jusque dans leurs habits, cela m’a ouvert mes deux fenêtres en grand.
Je me suis vue, pour la première fois. Et j’ai commencé à me penser autrement.
J’ai mon visage.
Un visage pas très moderne, et qui a éternellement cette sincérité de l’enfance.
Un visage étrange. Ce mot « étrange », je l’ai toujours entendu chuchoté dans mon sillage.
On dit « une gueule ».
On dit ce mot là, un mot animal. Un mot fait pour les animaux.
Et de faire partie de la faune, je m’y suis apprivoisée.
J’ai commencé à me manger dans la main. À bien vouloir être à découvert.
Grâce à Helena Bonham Carter, Tilda Swinton, Devon Aoki, Sissy Spacek, Carla Sozzani, Jack Nicholson.
Nous avons toujours besoin d’exemples, et ce que nous soulignons dans les livres sont nos propres convictions, mais que nous n’aurions pas su exprimer, et qui sont écrites tout haut par une altérité.

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