samedi 4 mai 2019

Remue-méninges


Je ne travaille jamais avec de la musique. Les bruits de la rue, lorsqu'ils sont répétitifs, me démangent. J'ai besoin du silence de la cellule de mon bureau.
Du blanc qu'est le silence dans la tête.
Mais j'ai une grippe. Celle qui vient en douce. Parce qu'on a cru pouvoir sortir léger. Et qu'on ne l'a pas sentie se faufiler par les pieds. S'enrouler sur le cou.
J'ai une grippe et sa température. Je tente de ne pas lui laisser de place, j'ai mis des chansons punk très fort, pour remplacer ce qu'il y a dans mes pensées par des sons. Par la brutalité de ce rock qui s'emballe. Pour remplacer les écarts de mes synapses. Que le volume ne laisse pas le choix. Qu'il fasse le vide par son ampleur.
Un matin déjà loin, je l'avais. C'était l'hiver. Ce sont les mois qui la couvent.
Je m'étais délectée de voir le chiffre trop grand sur le thermomètre, cela voulait dire que je n'irai pas à l'école.
J'aimais l'école, mais un jour qui en dispense paraît exceptionnel comme l'inattendu.
J'avais un livre au bord de mon chevet. Je l'ai lu ce jour là. Avec 40 dans mes veines.
C'était "Les enfants terribles" de Cocteau. C'est la lecture la plus inouïe que j'ai faite.
Car ce livre ne parle que de ça. Il parle de fièvre. D'une boule de neige reçue. D'un lit imbibé de délire.
Je ne l'ai lu que cette fois. Et je ne veux pas le relire. Mais j'y tiens comme à un souvenir erroné. Un souvenir qui s'est transformé. Qui est devenu mythique.
Je me souviens de bribes. Les bribes que la logique tente d'attraper et de mettre en ordre quand elle est dans cet état. Auxquelles elle se raccroche pour construire un sens qui se tienne un peu.
La fièvre c'est ça. C'est le cerveau qui n'obéit plus au sens commun. Qui n'obéit plus aux ordres. Qui se laisse aller à tout ce qu'il avait en stock pour les rêves des nuits. Qui le mélange.
La fièvre on voudrait s'en défaire dès qu'on la sent sur son front.
On craint ce songe aux yeux réveillés. On sait vers où cela va se diriger. Vers des terreurs qui geignent. On sait déjà que dans quelques instants elle aura pris le dessus.
On sait qu'elle aura sa course en cours, et que le doliprane n'y pourra pas grand chose.
Elle a attendu trop longtemps notre inadvertance. Elle est là et elle va régner. Quelques heures.
En attendant j'ai écrit ça.


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