samedi 4 mai 2019

Restons groupés


Ma grand mère emportait sa boîte à bijoux à la plage. Et elle l’enterrait au pied du parasol.
Un après midi où du grand vent soufflait du grand large, il s’est envolé.
Sans laisser de trace sur le sable.
Avec mon grand père et ma mère et mes tantes et mon oncle, en résumé ma famille maternelle, ils ont passé toutes les heures suivantes à fouiller et retourner le beige, et ils ont retrouvé le trésor.
On ne sort pas sans eux. On ne sort pas sans ses bijoux.
Les avoir à leur place respective, au poignet à la main au cou aux oreilles ou ailleurs, c’est avoir sur soi un équilibre, c’est avoir avec soi un cordon qui nous relie à nos êtres, à notre histoire, à une mémoire, à des moments qui ont compté.
Ce n’est jamais anodin d’investir un bijou, ce n’est jamais tout à fait un hasard.
C’est sur toi. Et c’est ta richesse, et même quand c’est du toc. Et peut être serait ce grâce à ça que tu retrouverais ton nom si tu devenais amnésique, parce qu’il serait gravé sur l’une de tes médailles, comme sur la plaque du soldat.
Il y a ceux qui sont nos irréguliers. Qu’on ne met pas souvent. Mais auxquels on tient pour autant.
Il y a ceux que l’on ne peut plus enlever du tout. La bague qui nous a vu prendre de la chair et de l’os sans bouger, et il était trop tard pour qu’elle ait ses regrets. Le lien attaché et qui n’a pas encore rompu. La chaîne que l’on garde pour dormir et aller sous l’eau.
Et il y a ceux que l’on enfile au réveil, après les pantoufles.
Et si on sort en en ayant oublié un, et que la peau sent ce vide, et elle le sent, on craint ce jour comme une peste.
Car ce manque est peut être un risque.
On s’est résolu, on s’y est résolu, à formuler des vœux.
C’est à cela que servent ces fétiches portés pour conjurer nos doutes.
C’est à cela que sert un bracelet noué pour un souhait.
On décrète que c’est ça, entre autres, qui nous prémunit et nous protège.
Parce qu’on y croit, au cas où, et qu’on dise ou non son contraire, à une magie qui plane.
On pactise avec des mystères, au cas où.
On a cette superstition, au moins celle là, au cas où, on ne sait jamais.
Et en fin de compte, tous les bijoux sont des grigris, tous comportent un symbole.
Et j’en ai un qui unit à tour de rôle tous ceux qui gardent mes poches.
Il en rallie deux pour la journée, pour les promesses que je convoque et convoite.
Et le lendemain, il se réinvente et il ligue un autre duo de totems.
Et ce fédérateur, c’est cette épingle à nourrice d’or, créée par Belmacz.
Belmacz, c’est Julia Muggenburg qui en est la tête. Belmacz, c’est un alliage entre le mot « bel » et le mot « maximum ». C’est une beauté qui a du nerf. C’est une féminité qui n’est pas mièvre et qui ne porte pas de fleurs. Mais des bijoux mastocs. Des bijoux comme des armures. Forts mais poétiques. Lourds et féroces. Dans des matériaux nobles et rares. Des talismans tout crus. Des boucliers de femme. Une féminité cubiste.
Et mon épingle sort son jeu, et tire à pile ou face.


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