samedi 4 mai 2019

Sans âtre



J’ai vu des gens jeter du bois.
Trois bonnes bûches de châtaignier. Trois bouts de forêt.
Balancés comme des ordures parmi les ordures.
De quoi sculpter de l’utile ou des visions. De quoi inventer un cadre ou un totem.
Ou de quoi occuper un feu pendant des heures, avec des rougeoiements et des braises, avec des murmures ancestraux (quasiment les mêmes que ceux d’une neige qui tombe), de quoi chérir des flammes.
Il y a ainsi des choses qui ne se jettent pas. Que l’on se doit de rendre à la nature, si l’on souhaite s’en débarrasser.
On ne jette pas du bois. C’est un outrage au Monde. C’est un gâchis insensé de mettre une branche dans une poubelle. De faire disparaître ainsi un morceau d’arbre, sans lui octroyer une fin noble.
C’est un geste de citadin qui n’a jamais froid, et qui ne sait plus rien construire.
Un geste qui ne connaît plus l’humus aux pieds d’une canopée. Un geste paresseux.
C’est aussi paradoxal que de jeter de l’eau, ou un caillou.
Un bord de chemin n’est pourtant jamais loin.


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