samedi 4 mai 2019

Staccato


La souplesse n’est pas versée à tous les berceaux.
Et il ne s’agit même pas là de celle des muscles et des tendons.
Mais de celle des mouvements, des gestes, de la dégaine.
Il y a des corps qui ne savent pas se délier. Qui ne savent pas la fluidité.
Des corps qui coincent.
Ces corps là, ils sont indomptables.
J’en ai un de ce genre. C’est inévitable : je saccade. Délicatement soit, mais je saccade.
En rythme peut être, mais je saccade.
J’ai de chers amis qui pour cette raison me surnomment « la perruche ».
Cela me va comme un chant.
J’ai les pattes et le bec très minutieux, mais les actions plus larges qui se brusquent.
Ce corps là, ce corps qui ne sait être limpide, il lui faut des habits qui le dédramatisent.
Les structurés, les raides, les sculptés, me résistent.
Dedans j’ai l’air figée. J’ai l’air mécanique. J’ai l’air carrée.
J’ai l’air d’une armoire dans ma glace.
S’il y a des épaulettes à un habit, je les fais sauter.
Chimayo a reçu ce traitement.
Je m’arme d’une paire de patience qui coupe bien, et j’arrache un à un les liens qui attachaient cette prothèse à la peau de tissu.
Porter des vêtements souples, pas dans le sens du confort, mais dans le sens du mouvant, porter du mobile, me fait gagner cette légèreté qui manque à mes réflexes.
Des vêtements qui flottent, des vêtements que les pas accompagnent, des vêtements qui me devancent.
Des vêtements félins, des indépendants.
Des vêtements qui bougent malgré moi.
Un vêtement qui pourrait bouger à part, même, à se laisser tomber, chutant d’un fauteuil, entraîné par son propre poids, chutant sans bruit, et que l’on retrouverait solitaire au sol, endormi, comme une chose vivante qui s’est déplacée toute seule, un vêtement de ce genre là.
Et le matin, je me drape de cette nonchalance.
Car ce qu’il me faut, c’est un oxymore, non un pléonasme.
C’est ainsi qu’une figure se créait un style.






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