samedi 4 mai 2019

Sur la table



Tu dis « pose le sur la table ». Et c’est ce que je fais.
Je le pose sur la table et même sans y penser. Je ne vois plus la table.
C’est lorsqu’elle n’est plus qu’un réceptacle. Un rectangle de passage. Celui du courrier en instance, celui du pain de la journée, et du couvert aux heures des repas.
C’est comme les bribes où je dis « le chien » au lieu du nom de mon chien. Quand cela devient ordinaire et impersonnel. La table n’a pas de prénom, mais tout se passe autour d’elle. Tout tourne autour d’elle.
C’est le repère d’un lieu. Et on mange avec elle. Et si elle disparaissait d’un coup cela serait davantage qu’un vide, ça ferait résonner les murs, il y aurait de l’écho comme dans les lieux que l’on déménage.
Une table est aussi importante qu’un lit. On peut ne vivre avec rien. Mais quand le corps est seul il s’allonge pour dormir, il s’assoit sur un rocher, et il s’attable sur ses genoux.
Le lit la chaise la table. Ce sont les meubles qui ont dû naître les premiers.
Les meubles qui accompagnent l’essentiel des gestes. Ces meubles qui nous supportent.
Ce qui est juste sous le nez s’oublie comme une évidence. Ce qui est sous le nez ne sait plus être regardé. Et ce n’est même pas ce que l’on nomme lassitude. C’est l’habitude qui oublie. C’est comme un amour qui s’ennuie des manies qu’il chérissait.
Une table c’est un appui. C’est un sol surélevé. Elle étaie les coudes réfléchissants. C’est une canne sans vieillesse.
Je me suis souvent dit cela à propos du néant dans l’univers : quand il n’y a rien sur la table, il y a quand même la table.


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