samedi 4 mai 2019

Timidité téméraire


La timidité est une malédiction. On l’a, ou on ne l’a pas. Mais quand on l’a on l’a.
Et toute la bonne volonté, et tous les efforts pour la combattre, n’y feront rien.
On est sauvage, et un froncement de sourcils, un mot inattendu, un geste trop vif, nous font nous échapper.
On ne s’excuse pas de prendre littéralement la mouche, on n’y peut rien.
On voit que la vie ne se plie pas à notre imaginaire.
On pense à l’avance, on répète bien, on est rodé avant d’arriver partout, et rien ne se passe comme prévu, et on est désarmé, essoré de notre courage qu’on s’était fixé comme une grande résolution.
Et tout à la fois on le sait bien, que si cela se déroulait comme dans l’amont de notre tête, nous serions des acteurs, avec des répliques et des didascalies pré-établies.
Mais tout de même, cette timidité nous suit partout et nous encombre.
Elle contraint la voix à chavirer, à en devenir blanche, et ça y est on ne nous entend plus, on nous dit de parler plus fort, ce qui n’arrange rien.
Elle contraint les yeux à se baisser pour regarder des pieds que l’on connaît pourtant par cœur.
Elle contraint les joues à rougir, et ceci pourrait être mal interprété.
Elle contraint la pensée à se freiner.
Et on part, et on s’en veut, de n’avoir pas réussi à hisser notre souffle. Et voilà qu’on le retrouve juste maintenant, avec notre cran. On veut y retourner. Si on y retourne le résultat sera le même, c’est la seule chose que l’on sait prédire très certainement.
Cette timidité, on ne peut la terrasser, mais on peut l’atténuer.
On peut faire croire qu’on n’a pas peur en dessous.
Et contre cette invitée qui ne veut pas me quitter, qui vit grâce à moi et en moi, j’ai mes plumes de paon.
Ce sont ces vêtements plein de rythmes, plein de trop. J’en mets un ou je les mélange.
J’enfile mon plumage.
Je fais la roue, et on me regarde, et on regarde mon visage, et ces plumes sont parées à brouiller les pistes. Elles font diversion de la crainte qui se lirait sur ma face, au cas où. On ne peut pas croire que j’ai l’ai la frousse.
Et moi aussi j’en oublierais presque mes frissons.
J’ai l’air forte, je le deviens.
Le vêtement peut décidément beaucoup. Et le vêtement permet ceci, de se raconter sans un mot, et de se la raconter un peu aussi.
Je m’en vais lisser mes plumes.





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