samedi 4 mai 2019

Trompe-l’oeil


J'aurais pu être un garçon dans les années 50-60.
Pour ce geste qui dégaine et replace des mèches, avec la moue qui va avec.
Longtemps, je me suis coiffée comme ça. Comme Elvis. Pour Elvis. Je me faisais la banane au dessus du sourire absent.
Je chantais "Heartbreak Hotel", "Fever", "Stuck on you", dans les couloirs de mon école, ces couloirs qui offrent le plus beau des échos, celui d'une transgression.
Et depuis ce temps là, il y a cet ustensile qui ne me quitte jamais, qui s'est transvasé de cette époque adolescente à aujourd'hui. Je n'ai pas de briquet dans ma poche. Mais j'ai un peigne. À crêper.
Mes cheveux fins de poupée l'avaient trouvé pour se monter la tête.
Et si j'ai désormais quitté le toupet d'Elvis, l'outil est toujours là.
Je l'avais adapté comme on construit un établi, comme l'on aiguise un couteau.
Il avait un long manche que j'ai scié, et j'ai poli la cassure.
Il se glisse n'importe où. J'ai cru l'avoir perdu parfois. J'ai retourné des sacs et des meubles pour trouver l'égaré. Il était entre deux pages d'un livre. Ou camouflé sur l'habit noir.
Il n'y a pas un jour sans lui. Et même parfois je me recoiffe dans la rue. J'ai l'air hirsute d'un oiseau qui se gonfle pour mieux se réordonner. Qui met du vent entre ses plumes pour savoir comment les ranger.
Et quand certains cherchent leur ordre en se démêlant, je gagne le mien en m'emmêlant.
On dit qu'il abîme les écailles, mais il n'a jamais coupé un de mes cheveux en quatre.
C'est ainsi que l'on se fait une tignasse.
Certains penseraient peut être que je serais ravissante si j'étais bien peignée, avec une ligne sur le côté. Mais mes cheveux s'ennuieraient, et mon peigne aussi.
Et puis il ne faut pas croire, c'est un faux désordre.

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