samedi 4 mai 2019

Un héros de passage


C'est toujours un héros. Celui ou celle qui sort du pressing avec un vêtement dans ses bras.
C'est comme cela que ça commencerait. Son roman.
Par cet homme ou cette femme qui a fait nettoyer une tenue.
Et il la porte comme une brassée. Comme un bouquet d'une Mrs Dalloway.
Ou il la porte comme on hèle une issue dans une foule. À bout de doigts.
Il protège l'impeccable éphémère.
Cela passe avant lui même. Comme toutes les fragilités dont on est responsable.
Comme l'enfant à notre main. Ou le papillon que l'on a ramassé par délicatesse, pour qu'il n'effrite pas ses ailes n'importe où.
Et il sort du pressing. Et on ne voit que lui.
Il est vulnérable. Car il convoie du vulnérable.
Le cintre s'accroche aux passants. La housse transparente a de l'air qui s'engouffre et la gonfle.
Il s'en démêle. Il marche vite. Pour ne pas prendre de risque. Il ne parle à personne. Il va tout droit chez lui.
Il est affairé, affairé à rentrer sans froisser ce qu'il escorte.
On le distingue ainsi. À l'allure de son pas.
Et par le sourire déterminé qui se tait, qui sourit en silence au trésor et aux pensées que celui ci génère.
Car si un habit a été dorloté, c'est qu'il s'est passé quelque chose, ou qu'il va se passer quelque chose.
C'est qu'il y avait une tâche, causée par un déboire d'une veille qui en a trop fait.
Ou qu'il va y avoir un événement. De l'exceptionnel. Un instant qui sort de ses sentiers.
C'est important. C'est toujours important de croiser celui qui transporte un mystère.
On n'en saura rien de plus.
Le protagoniste va tourner le coin. Ça y est il l'a tourné.






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