samedi 4 mai 2019

Un mime


J’ai enlevé une chaise de chez moi.
Je voulais l’échanger contre de la place. Je voulais la relayer par du vide.
Je croyais que cela serait résolu en quelques minutes. Qu’il suffisait seulement de la soustraire de l’appartement, pour qu’elle disparaisse.
Mais pendant des jours, c'était comme si elle était toujours là. Il n’y avait qu’une chimère de néant. Elle était ici, criante dans son invisibilité. Son bois remplissait encore l’espace devant la fenêtre, avec ses bras sculptés et ses pieds de lion et ses effluves de vieux chêne.
Je me cognais à son emplacement. J’allais pour m’y asseoir. J’amorçais de la saisir et ma main se refermait sur son absence, en un poing perdu.
Il suffisait qu’il fasse nuit pour que je crois la voir réapparue vraiment. Et j’en avais presque une frayeur. À la penser vivante et capable.
Elle manquait à tous les réflexes la concernant, longuement habitués, longuement imprégnés.
Et comme le membre fantôme de l’amputé, je sentais sa masse dans mes parages.
Les meubles, les objets que nous côtoyons, deviennent des ramifications de nous même. Ils donnent naissance à certains gestes, à certaines contorsions, à certaines attentes.
Lorsque l’un d’eux s’efface, on se heurte à ce trou dans nos mouvements.
Car plus qu’un volume dans un lieu, il occupe un poste dans nos actions.
Alors, pendant une heure d’hier, j’ai bien regardé ce désert qui avait remplacé la chaise, je l’ai contemplée cette transparence. J’ai marché dedans. J’ai fait des pas excessifs et inutiles.
Il a fallu désapprendre cette chaise, pour que mon corps l’oublie et s'en libère.


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