samedi 4 mai 2019

Une patience


On le ramène à la maison. Bien plié dans le sac. Emballé même.
On rentre et on le sort et on le déploie et on le redécouvre.
On ne sait pas quelle importance il va prendre. S’il deviendra un indispensable. On ne peut jamais l’augurer.
Il entre dans notre vie. C’est une chose nouvelle et on ne se connaît pas.
Il a l’odeur de son avant, encore. L’odeur clinquante d’une chose qui n’a rien vécu.
Il est tout intimidé, et il fait bande à part. Il nous attend. Il ne fait pas d’effort.
Il attend qu’on lui sème des miettes et des indices et qu’on le prenne dans les bras de notre corps. Il attend qu’on en décide et qu’on en dispose.
Ce n’est pas à nous, il va falloir s’imposer.
C’est la première journée qui est coriace.
Il ne nous aide pas beaucoup.
On ne sait pas comment l’appréhender. Il est tout raide. Tout empesé du propre.
Et on ne sait plus pourquoi on l’a acheté, on ne sait plus si c’est bien. On ne se souvient pas comment on l’avait imaginé en l’essayant dans la cabine.
On avait pourtant dû le projeter avec nos autres, mais on a tout oublié.
C’est le vide.
On met à sac toutes les piles des rangements. On cherche une solution. On ne trouve pas avec quoi l’assembler. On se trompe. On ne l’ose pas.
Et on ne sait pas comment bouger avec lui. Il ne trouve pas sa place. On prend une posture.
La posture du neuf. On ne sait pas comment il va réagir à nos gestes. On craint de l’abîmer.
On craint de lui faire des frayeurs. On a les mouvements qui s’engoncent et qui se retiennent.
On a un air emprunté, l’air de l’avoir emprunté.
Il ne nous ressemble pas. Pas encore.
On se déshabille le soir et il ne se mêle pas. Il ne fait pas encore partie de notre meute.
Mais déjà le second jour, on le comprend un peu mieux. Il a reposé toute la nuit comme une pâte. Il a pris de notre sueur, il s’est froissé comme il le doit.
En l’enfilant, on a enfin cette fierté que l’on espérait. Cette liesse que l’on ressent à porter de l’inédit, et à se sentir par là même requinqué.
On commence à le nommer. Il est moins un étranger. Il nous fait confiance. Il se laisse déjà faire. Il est à nous ça y est.
Tout doit s’apprivoiser. Et prendre ses aises et ses repères. Le chien autant que le maître. L’oiseau qui se recueille. L’amour et l’ami. Et le vêtement qui vient de nous rejoindre.



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